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2020.06.05 Fashion

Florie Berger, photographe

Florie Berger est photographe artiste. Elle évolue également dans l'animation visuelle et la vidéo. Son identité se place au cœur de différents piliers, tels que la mélancolie, les contrastes, la géométrie, ou encore la délicatesse, le tout en adéquation avec les valeurs de ses clients. Une forme de poésie qui lui permet de travailler avec des marques telles que Alexandre Vauthier, Atelier NA, Lancel, ou encore Who’s Next et Première Classe, et d’exposer elle-même ses productions, à mi-chemin entre la photographie et le travail d’artiste. Et si elle se dit elle-même spécialisée dans la photo de mode et d’objet, il semblait que son portrait avait tout sa place ici. Rencontre avec une photographe, mais pas que !

Florie Berger
Peux-tu nous décrire ton parcours en quelques mots ?

La photographie est devenue mon terrain d'expression et d'expérimentation. Après plusieurs années dans le consulting en organisation et la communication, j'ai décidé de prendre 2 années sabbatiques afin de voyager et de faire quelque chose qui aurait du sens à titre personnel. Je suis partie dans l'Est (Balkans et pays baltiques), avec mon sac à dos et mon appareil photo à la rencontre des gens. J'ai ramené des milliers de clichés, de portraits et d'expériences de vie. À mon retour à Paris, il était clair que je ne voulais pas me retrouver à nouveau dans un de ces "open spaces", devenus alors anti-imagination / anti-créativité pour moi. On a commencé à me proposer d'exposer, puis de réaliser des portraits presse pour des artistes et des musiciens, notamment pour des labels ou encore chez Paulette, ou the Blind Magazine.

J'ai également travaillé à mi-temps pour un studio photo de quartier, afin de tester le matériel de lumière et développer mes techniques.
Le portrait m'a vite donné envie de créer des scénographies autour de mes modèles, de les "plonger" dans des histoires, de raconter quelque chose. Et j'en suis donc rapidement arrivée à la mode. Aujourd'hui je suis à mon compte, j'ai monté fin 2018 le studio créatif / atelier "Beaujour Bonsoir" en haut du parc de Belleville, en duo avec une amie qui travaille dans la musique.

Je crée mes séries personnelles que j'expose ou qui sont publiées comme éditos dans des magazines ; en solo ou avec des partenaires que j'apprécie énormément comme des set designers, des stylistes et des makeup artists. Je travaille aussi pour le compte de plusieurs marques, que ce soit en mode, en cosmétiques, ou en art de vivre, avec mannequins ou en natures mortes.

Tu n’es pas spécialisée uniquement dans la photo de mode, mais pour quelle raison t’y es-tu intéressée ?

La mode s'est révélée pour moi comme un terrain d'expérimentation pour monter des histoires, et mettre en place des scénographies créées de toute pièce. Je ne suis pas une fashionista, d'ailleurs il m'arrive souvent de ne pas connaître la plupart des marques qui me contactent (je ne devrais peut-être pas écrire cela !).


Mais j'aime la matière, j'aime les formes et l'imaginaire, et l'histoire de marque. C'est par la mode que je peux proposer un univers, et travailler en équipe.

Comment travailles-tu avec tes clients ?

Généralement, un client m'aborde avec une problématique : j'ai telle collection / tel produit, une charte graphique (ou pas), une brand book (ou pas), un thème en tête (ou pas) et tel budget (ou pas ahah) = Que peux-tu me proposer ?

J'interviens souvent en amont d'un shooting, car j'ai un univers assez onirique. Il faut donc d'abord voir si cela peut matcher avec l'univers du client et dans quelle mesure. La direction artistique est donc importante à cette étape du projet. Après une première présentation du client, j'ai pour habitude de proposer un moodboard, avec ma propre vision du shooting, en prenant en compte les besoins de mon client. Ce mood va inclure des recherches de visuels que j'aurais fait communiquer entre eux (cela peut être des photos, des peintures, des sculptures, des croquis, des couleurs, des ambiances / lumières / matières etc).

Ensuite on s'accorde, et voit ce qui est possible, et on discute mise en place.

Florie Berger
Selon toi, quel est l'équilibre à avoir pour montrer son univers sans jamais dénaturer l’esprit d’une marque ?

Grande question !

Le client me contacte car il a déjà vu mon univers, donc normalement, c'est lui qui a choisi cette ambiance.

Dans mon style de photo, il y a parfois des flous, et des images voilées, un peu fumées. Cela fonctionne parfaitement pour certaines marques, mais pour d'autres il faut trouver des compromis, atténuer l'effet. Je pense notamment aux bijoux, accessoires de mode, où cet effet fumé, peut rendre un peu flou le produit.

Le client va toujours regarder en premier son produit, s'il est bien éclairé, parfaitement net, sans poussières, etc.

Je trouve cela dommage dans le sens ou ce qui va faire l'identité d'une marque, c'est l'univers (telle ambiance, set design, modèle choisi(e), etc. Je ne dis pas qu'on ne fait pas attention au produit, mais il faut qu'il soit "porté" par cet univers. Je leur conseille alors souvent de faire 2 prises de vue : les photos de campagne (l'univers) et les photos packshot (le produit).

Quels types de shoots ont été les plus difficiles à faire selon toi ?

Les prises de vue avec les enfants ! Non en réalité c'est souvent génial car les enfants sont de vrais clowns, je les adore !

Mais il faut gérer à la fois les enfants qui courent partout, faire en sorte que le décor ne se casse pas la figure, le fait qu'on puisse justement voir le produit (par exemple des chaussures qui font du 22, c'est minuscule !), le stylisme qui bouge tout le temps, et gérer les parents !

Tout cela dans un temps très court, car les lois sont très strictes sur les modèles mineurs.

Quelle importance a la retouche dans ton travail sur la mode ?

Le travail d'editing au sens large est essentiel. C'est la recherche chromatique et le cadrage qui vont terminer une photo, selon moi. En revanche je ne fais pas de retouche qui "transforme" le modèle, ou la couleur d'un ciel (je pense à ces affiches où on a l'impression qu'on a mis un bras à la place d'une jambe ).

Je suis une partisante du naturel ! J'aime le grain cinématographique, il m'arrive de faire des travaux graphiques sur mes photos pour continuer leur histoire.

Florie Berger
Y’a-t-il un type de matériel et un environnement plus adapté aux photographies de mode selon toi ?

Je dirai que non.

Je pense qu'on attend de la photographie de mode de nous plonger dans un monde de sensations.

Les sensations peuvent se révéler partout, il suffit de les révéler. La lumière est alors précieuse, selon moi. Que ce soit en studio, ou en lumière du jour.

Quel est le ratio temps de shoot/post-prod chez toi ?

Il y a 3 étapes dans la création de visuels : la pré-production (échanges clients, direction artistique et moods, choix des achats d'arts, budgets), la production (la prise de vue, la coordination des équipes), et la post-production (choix des visuels, retouche, editings que ce soit en print ou en digital).

Chaque étape prend du temps, car il faut s'assurer que tout soit en place. On croit souvent qu'on a terminé après le shooting, mais l'étape de post-production est indispensable, car il y a un gros travail de mise en relief des images, et mise en relation de l'identité avec la stratégie de communication de la marque. C'est un travail qui permet de faire cohabiter l'ensemble.

Où te positionnes-tu dans la sélection des mannequins généralement ?

Il y a plusieurs options, soit on me demande de faire les castings, soit on me propose des pré-sélections.

C'est très difficile de choisir la personne qui sera l'ambassadrice/eur de la marque. Il m'est déjà arrivé de me tromper, et dans ce cas, la série prend un tout autre sens...

Y’a-t-il des marques avec qui tu aimerais collaborer ?

Par mon amour pour le beau, l'artisanat et l'organique : Hermès.

Un jour peut-être !

Quelles sont tes inspirations ?

En termes d'inspirations, je me tourne toujours vers la peinture et le cinéma. Hopper pour l'introspection, Picasso pour les couleurs et la géométrie, Caravage et Da Vinci pour la lumière, Magritte pour l'imaginaire.

En cinéma, Serguei Paradjanov pour ses plans tels des tableaux et ses symboles (La couleur de la grenade), Jean-Jacques Beineix pour ses couleurs (Diva), Leos Carax pour l'amour et la mélancolie (Mauvais Sang), Wong Kar-Wai pour la lenteur et la beauté (In the mood for love).

Florie Berger
Quelle place occupent les réseaux sociaux pour promouvoir ton travail ?

Disons qu'Instagram est un peu devenu ma vitrine... Vu que je n'ai pas terminé mon site Internet !

Mais il arrive, il a avancé grâce au confinement ! Si vous voulez voir la version workinprogress : florieberger.com / mdp : bonjour.

En revanche je me considère comme modérée sur les réseaux sociaux, je n'aime pas trop poster... Car je suis assez difficile, je veux que tout cela ait un sens. Donc je prends mon temps !


Photographies : Florie Berger

tommy
pour commeuncamion.com
Originaire de la région lyonnaise, Thomas est désormais parisien, après un passage à Tours pour ses études de littérature. Au-delà de son goûts pour les belles lettres, Tommy cultive un certain attachement à la mode, dans ce qu'elle a de plus large et de plus riche en même temps. De la découverte de petits créateurs aux dernières tendances sneakers, tout est sujet à l'intéresser. C'est aussi pour ça qu'il fait désormais partie de l'équipe Comme un camion.
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